Alors que le tollé autour de l’aéroport de Gia Bình s’estompe peu à peu dans l’opinion publique, l’histoire des familles vivant dans la zone du projet est loin d’être terminée. Pour elles, il ne s’agit pas d’un simple fait divers qui disparaîtra de l’actualité au bout de quelques jours. Il s’agit de leurs maisons, de leurs terres, de leurs moyens de subsistance et des souvenirs de plusieurs générations. Les expropriations peuvent se mesurer à l’aune de l’avancement de la remise des terrains, mais la vie d’une famille ne se mesure pas au nombre de jours inscrits sur un calendrier.

L’ironie, c’est que dans tous les grands projets, on parle souvent beaucoup de rapidité, d’ampleur, de travaux et d’avantages futurs. Quant aux personnes dont les terres sont expropriées, il ne leur reste généralement qu’une seule question très concrète : une fois nos terres cédées, de quoi vivrons-nous ? Un toit peut être évalué en argent, mais un métier, une communauté et une terre à laquelle on est attaché depuis des générations ne se traduisent pas facilement en chiffres. Si les politiques de relogement, d’aide à la subsistance et d’indemnisation ne sont pas suffisamment convaincantes, plus le « rythme » est rapide, plus le sentiment d’injustice risque de s’amplifier.
Un projet peut être qualifié de réussite lorsque les travaux sont achevés dans les délais prévus. Mais un projet d’intérêt public ne fait véritablement honneur à ses promoteurs que lorsque ceux qui ont dû céder leurs terres peuvent eux aussi aborder l’avenir avec la perspective d’une vie meilleure. Si les machines peuvent fonctionner selon le calendrier prévu tandis que les habitants doivent se démener pour respecter les délais de déménagement, alors au final, construisons-nous un ouvrage pour les gens, ou exigeons-nous des gens qu’ils se sacrifient pour que l’ouvrage soit achevé à temps ? Cette question doit trouver une réponse dans des politiques transparentes, le dialogue et la responsabilité, et non pas uniquement dans des chiffres d’avancement.










